Changement climatique et assurabilité: une évolution des coûts et des couvertures

Le système assurantiel français fait face à une augmentation des coûts des sinistres depuis les années 2000 liée à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des aléas climatiques : inondations, grêle, sécheresse et retrait et gonflement des argiles, cyclones, submersions marines etc. D’ici à 2050, il est estimé que le changement climatique accentuera encore davantage l’occurrence de ces risques.

Quels sont les risques pour les particuliers, les collectivités ou encore les entreprises privées ? A quoi s’attendre dans les prochaines décennies et comment y remédier ? Comment le système assurantiel va-t-il réagir ?

Le constat

Les différents rapports du GIEC publiés ces dernières années ont documenté précisément le lien entre le changement climatique et l’intensification en quantité et en intensité des différents aléas climatiques sur l’ensemble du territoire français, métropolitain et ultra-marin. Ils ont également mis en exergue l’augmentation de la charge financière des sinistres au fur et à mesure que les températures augmenteront mondialement et localement.

Par exemple, le résumé aux décideurs du rapport du groupe 1 du GIEC (2021) montre qu’à l’échelle mondiale, “les précipitations journalières extrêmes s’intensifieront d’environ 7% pour chaque degré de réchauffement climatique (degré de confiance élevé)”.

A l’échelle nationale, l’intensification des épisodes de sécheresses ayant un impact sur la rétractation ou le gonflement des sols argileux (RGA) devrait conduire à une hausse des coûts de l’ordre de +70 % sur l’ensemble du territoire métropolitain : fissures des parois, instabilité des fondations, affaissements etc. (BGRM 2023).

Les constats sont les mêmes pour les autres aléas tels que la grêle : les orages de grêle devraient augmenter de manière importante sur l’ensemble du territoire (+40 %) et toucher des secteurs et territoires actuellement épargnés. Pour la submersion et l’élévation du niveau de la mer les projections indiquent quant à elles une augmentation de 18cm (fourchette probable: 16 à 24cm) par rapport à la période 1995-2014 en 2050 pour un scénario de stabilisation à 1.5°C. Pour un scénario allant vers 3°C en 2100, les projections en 2050 sont de 22cm (fourchette probable: 18 à 27cm)(BGRM 2023).

En 2023, le BGRM publiait par ailleurs les chiffres suivants :

–       55 % du territoire hexagonal est désormais concerné par une exposition moyenne ou forte au retrait-gonflement des argiles, contre 48 % en 2020, et 24% dans les années 2010.

–       Les événements de crues torrentielles ou éclairs devraient faire augmenter les crues entre 110% et 130%

Face à ces projections et à l’évolution des sinistres ces dernières décennies, les systèmes assurantiels ont également estimé de leur côté le coût lié à l’augmentation des sinistres. France Assureurs estimait en 2022 une hausse de 93 % en euros constants des dégâts cumulés causés par les aléas naturels en 2050 par rapport à la période équivalente passée de 1989 à 2019.

Les conséquences indésirables

Face à l’augmentation des coûts et à l’anticipation de l’augmentation de sinistres, les assureurs mettent d’ores et déjà en place des mesures qui concernent les particuliers ou bien les collectivités.

En 2025, le SCET, l’acteur d’intérêt général et filiale à 100 % de la Caisse des Dépôts, qui accompagne les initiatives publiques et privées sur les nouveaux enjeux des territoires et de leurs transitions ; publiait son livre blanc sur « L’assurabilité des territoires » dans lequel il mettait en avant les effets indésirables auxquels les territoires et les communes commencent à faire face. On peut y lire : une hausse marquée des primes d’assurance (multipliées par 2 à 4 selon les communes), souvent accompagnée d’une baisse des garanties ; des résiliations unilatérales de contrats, parfois sans justification ; et une impossibilité, pour certaines communes, de trouver un nouvel assureur, en raison de l’absence de réponse aux appels d’offres.  Selon l’Association des maires de France (AMF), environ 1 500 collectivités seraient concernées par au moins l’un de ces trois effets indésirables.

Pour les autres assurés, y compris les particuliers, un durcissement des pratiques d’indemnisation est aussi identifié. En plus de la hausse des primes d’assurances et la baisse des garanties, les assurances sont amenées à utiliser d’autres leviers pour diminuer leurs coûts comme augmenter les franchises, refuser les indemnisations ou les retarder en raison de « déclarations jugées imprécises ou tardives ». Cette situation pourrait également entraîner des conséquences directes sur la valorisation des biens immobiliers situés dans les territoires les plus exposés. Cela étant d’autant plus inégal que les impacts sont inégalement répartis sur le territoire.

Il en résulte que la pression financière et psychologique est accentuée sur les assurés, particulièrement dans les zones exposées aux aléas climatiques récurrents. Et ce, de façon très inégalitaire sur le territoire puisqu’elle peut être beaucoup plus élevée pour certains départements.

Enfin, face à l’ampleur croissante des catastrophes, le dispositif d’assurance CatNat instauré par la loi de 1982, et reposant sur un principe de solidarité nationale – est mis à rude épreuve financièrement. De fait, pour pallier à l’augmentation des sinistres, la surprime CatNat a été relevée de 12 % à 20 % au 1ᵉʳ janvier 2025.

Par ailleurs, le versement de l'indemnisation au titre du régime CatNat est conditionné à la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle de la commune. Or, il arrive que deux communes voisines ayant subi un même événement ne bénéficient pas toutes de cette reconnaissance.

Les solutions

Face à un système assurantiel fragilisé, l’assurabilité de certaines régions, communes et habitations est menacée, sans une adaptation significative du cadre réglementaire.

Ce système accentuant par la même occasion la vulnérabilité des assurés en diminuant  leur pouvoir d’achat par l’augmentation des primes et une protection pouvant être réduite face aux aléas et à l’augmentation des franchises ou encore à l’exclusion de garanties.

Pour pallier à cela, UFC-Que Choisir, dans son rapport publié en 2025 intitulé « Assurance Habitation, les consommateurs face au défi climatique » propose différentes mesures telles que :

·        Une obligation pour les assureurs opérant à l’échelle nationale de proposer une assurance habitation à tous les ménages, quel que soit le lieu d’habitation

·        La mise en place d’une fiche d’information standardisée pour faciliter la comparaison des offres d’assurance habitation

·        Un raccourcissement des délais d’indemnisation et une normalisation des procédures d’expertise après sinistre

·        Une meilleure information des consommateurs sur les risques climatiques lors d’un achat immobilier.

Certains assureurs s’engagent déjà, tels que la MAIF qui a lancé depuis 2023 le Fonds MAIF pour le Vivant – Nature 2050. Son objectif est, à travers un appel à projets destiné aux associations et aux organismes d'intérêt général, de financer des projets d’adaptation basés sur les solutions fondées sur la nature (SAFN) afin de diminuer la vulnérabilité de certaines zones face au changement climatique. Cela permet de faire baisser le risque qui pèse sur ces zones et donc de diminuer les frais de sinistres environnementaux pour les bâtiments situés sur ces zones, et in-fine de diminuer les franchises d’assurance.

L’amélioration des mécanismes d’indemnisation mentionnés ci-dessus ne seront pas à eux seuls suffisants pour pallier à l’augmentation du nombre de sinistres. Cette démarche devra aussi être accompagnée d’une meilleure évaluation des risques sur les territoires pour les communes, mais aussi d’une sensibilisation auprès des particuliers.  Cela permettra de mettre en place un maximum de mesures d’adaptation en amont de l’occurrence des sinistres, et ainsi renforcer la résilience de la société dans la globalité face aux risques naturels.

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