Confort thermique: pourquoi avons-nous si chaud et quels sont les vrais enjeux?
En période de fortes chaleurs, nous sommes nombreux à ressentir une sensation d’inconfort, parfois même dans des bâtiments où la température intérieure ne semble pas si élevée. Mais sommes-nous tous égaux ? Pourquoi une même température peut-elle être supportable dans une pièce et difficilement tolérable dans une autre ? Et existe-t-il un seuil au-delà duquel la chaleur devient réellement dangereuse pour l’être humain ?
Notre premier réflexe est souvent de regarder la température indiquée par les prévisions météo (ou un thermomètre). Et, pourtant, cette donnée ne suffit pas à expliquer notre ressenti.
Le confort thermique dépend d’un ensemble de paramètres physiques, physiologiques et comportementaux. C’est pourquoi 2 espaces affichant tous deux 28°C peuvent être perçus de manière très différente. La température de l’air n’est donc qu’un indicateur parmi d’autres. Le ressenti dépend aussi de la chaleur émise par les parois, de la circulation de l’air, du niveau d’humidité, de l’activité physique, de l’état de santé ou encore de la capacité d’adaptation des occupants
Dans un bâtiment, les parois (murs, vitrages etc.) exposés au rayonnement solaire puis la restituer progressivement, même lorsque l’air intérieur commence à se rafraîchir.
Les mouvements d’air améliorent fortement le confort thermique en renouvelant en permanence la fine couche d’air chaud qui se forme au contact de la peau. Ils facilitent ainsi l’évacuation de la chaleur corporelle par convection.
L’humidité joue également un rôle déterminant : plus l’air est humide, plus la sueur s’évapore difficilement, ce qui limite la capacité naturelle du corps à se refroidir. Ainsi, une température de 30 °C peut rester relativement supportable dans un air sec, mais devenir beaucoup plus inconfortable dans un air humide. Cette combinaison entre température et humidité est notamment traduite par des indicateurs comme l’humidex ou la température humide.
Sommes-nous tous égaux face au confort thermique ?
L’ensemble de ces paramètres permet de mieux comprendre ce qu’on appelle le confort thermique, c’est-à-dire la sensation de bien-être ou d’inconfort ressentie par une personne dans un espace donné.
Mais sommes-nous tous égaux face au confort thermique ? La réponse est non : nous ne sommes pas tous et toutes égaux. Pourtant, dans de nombreux bâtiments, les consignes de températures (en hiver et en été), sont appliquées de façon uniforme pour tout le monde, sans tenir compte des différences entre les individus.
Il est fréquent d’entendre certaines femmes dire qu’elles ont froid dans des bureaux chauffés l’hiver ou climatisés l’été ; tandis que certains hommes dans les mêmes espaces se sentent parfaitement à l’aise. Cette situation illustre un décalage important : une température considérée comme confortable pour certains occupants peut être source d’inconfort pour d’autres.
La norme qui a longtemps servi à définir les conditions thermiques considérées comme acceptables dans les bâtiments repose notamment sur « l’équation de Fanger », élaborée dans les années 1960. Ce modèle prend en compte tout un ensemble de paramètres pertinents : la température de l’air, la vitesse de l’air, la pression de vapeur, l’isolation des vêtements, mais aussi le métabolisme des occupants.
Toutefois, ce modèle présente une limite importante. Une étude datant de 2015 et réalisée par les chercheurs Boris Kingma et Wouter van Marken Lichtenbelt, montre un biais particulièrement discriminant entre les genres dans le confort thermique : le taux métabolique utilisé dans ces calculs correspondait à celui d'un homme de 40 ans et d’environ 70 kilos. Ce qui conduit à sous-estimer les besoins d’autres profils, notamment ceux des femmes, dont le métabolisme moyen est différent.
Cet inconfort n’est pas seulement une question de perception. Il peut aussi avoir des effets sur la concentration, la fatigue et la performance au travail. Des travaux par les chercheurs Tom Y. Chang et Agne Kajackaite en mai 2019 ont ainsi mis en évidence un lien entre température intérieur et performance cognitive, avec des effets différenciés selon les genres.
À partir de quand la chaleur devient-elle dangereuse ?
L’autre question qu’il est intéressant de se poser est la suivante : la chaleur est-elle dangereuse pour le corps humain ? La réponse est oui. Mais là encore, la température de l’air ne suffit pas à elle seule à définir le niveau de risque.
C’est pour cela que d’autres indicateurs tels que le « thermomètre mouillé (wet bulb) », et l’humidex sont utilisés.
Ces indicateurs combinent la température et l’humidité de l’air, car c’est bien l’interaction entre ces deux facteurs qui peut rendre une situation particulièrement éprouvante pour l’organisme.
Lorsque l’air est très chaud et très humide, le corps ne parvient plus à évacuer efficacement sa chaleur par la transpiration. La sueur s’évapore mal, voire plus du tout, ce qui bloque le principal mécanisme naturel de refroidissement. Dans ces conditions, la température corporelle peut augmenter rapidement.
Si le corps ne parvient plus à se refroidir, les risques deviennent sérieux : déshydratation, épuisement, coup de chaleur, atteintes neurologiques, voire décès dans les situations les plus extrêmes. Ce danger peut concerner les personnes fragiles, comme les personnes âgées, les enfants, les personnes malades ou isolées, mais aussi des adultes en bonne santé exposés à une chaleur humide intense pendant plusieurs heures.
Comprendre ces mécanismes est essentiel pour mieux concevoir, exploiter et adapter les bâtiments face aux épisodes de chaleur de plus en plus fréquents. Le confort thermique est bien plus qu’une question de degrés : c’est un enjeu de bien-être, de santé publique, de performance au travail et de résilience face au changement climatique.
Mieux intégrer ces paramètres dans la conception et la gestion des espaces intérieurs permet de dépasser les réponses trop simples, comme la seule baisse de la consigne de climatisation. Il s’agit plutôt de penser globalement : protection solaire, ventilation naturelle, circulation de l’air, inertie du bâtiment, choix des matériaux, adaptation des usages, prise en compte des profils d’occupants et anticipation des épisodes de chaleur extrême.
Face au changement climatique, cette approche devient indispensable. Le confort d’été n’est plus un sujet secondaire : il devient un critère central de qualité, de santé et d’habitabilité des bâtiments.