Stations de montagne et changement climatique : vers une transformation incontournable du modèle économique

Stations de montagne et changement climatique : vers une transformation incontournable du modèle économique

Fin 2025, un rapport d’information publié par l’Assemblée nationale a dressé un état des lieux approfondi du modèle économique des stations de montagne françaises face au changement climatique. Le constat est sans ambiguïté : les territoires de montagne se situent en première ligne des impacts climatiques, et leur modèle historique, largement fondé sur le ski alpin, est désormais confronté à des limites structurelles. En effet, les massifs montagneux se réchauffent plus vite que la moyenne mondiale.

Dans les Alpes françaises, l’augmentation des températures est estimée à environ deux fois celle observée à l’échelle planétaire. Dans certains secteurs, la hausse dépasse déjà +2°C depuis le début du XXe siècle. Cette évolution accélérée entraîne des modifications profondes du fonctionnement des écosystèmes montagnards :

  • diminution de la durée et de l’épaisseur de l’enneigement,

  • élévation de la limite pluie-neige,

  • fonte accélérée des glaciers,

  • dégradation du permafrost,

  • modification des cycles hydrologiques.

À moyenne altitude, la baisse de l’enneigement est estimée entre 10 % et 40 % selon les massifs et les périodes étudiées. Les projections à horizon 2050 indiquent qu’un nombre significatif de stations situées sous 1 500 à 1 800 mètres pourrait connaître des hivers avec un enneigement naturel insuffisant pour garantir une exploitation économique stable sans recours massif à la neige de culture. Ces tendances ne relèvent plus d’hypothèses lointaines. Elles constituent déjà une réalité opérationnelle pour de nombreux exploitants.

Une dépendance économique devenue vulnérabilité

Le modèle des stations françaises s’est construit, depuis les années 1960, autour d’une spécialisation forte dans le ski alpin. Ce choix stratégique a généré une dynamique économique puissante, contribuant à l’attractivité touristique, à l’emploi local et aux recettes fiscales des collectivités. Cependant, cette spécialisation constitue aujourd’hui un facteur de vulnérabilité.

La dépendance aux recettes liées aux remontées mécaniques et aux activités hivernales expose les territoires aux aléas climatiques. Les saisons plus courtes ou irrégulières fragilisent les équilibres financiers, compliquent la planification des investissements et accentuent les risques pour les collectivités locales, souvent actionnaires des sociétés d’exploitation.

Le recours croissant à la neige de culture a permis de sécuriser temporairement certaines saisons. Néanmoins, cette solution soulève plusieurs enjeux :

  • consommation importante d’eau dans un contexte de tension hydrique accrue,

  • besoins énergétiques significatifs,

  • investissements lourds,

  • concurrence croissante entre usages de l’eau (eau potable, agriculture, milieux naturels).

La question n’est donc plus uniquement celle de la performance touristique, mais celle de la soutenabilité à long terme du modèle économique.

L’intensification des risques naturels

Le changement climatique ne se limite pas à la question de l’enneigement. Il modifie également l’intensité et la fréquence des risques naturels en montagne. Le dégel du permafrost fragilise les parois rocheuses et augmente les risques d’éboulements et de chutes de blocs. Les épisodes de pluies intenses favorisent les crues torrentielles et les mouvements de terrain. Le régime des avalanches évolue, avec des épisodes parfois plus imprévisibles. Ces phénomènes ont des conséquences directes au travers des coûts de sécurisation et de surveillances des infrastructures mais aussi la hausse des primes d’assurance et l’exposition accrue des biens et des personnes. L’adaptation des infrastructures existantes et la prise en compte systématique des scénarios climatiques dans les nouveaux projets deviennent des impératifs.

Une transformation structurelle plutôt qu’un ajustement marginal

Le rapport parlementaire insiste sur un point essentiel : les ajustements progressifs ne suffiront pas. Une transformation structurelle du modèle doit être engagée. Cette transformation repose sur plusieurs axes complémentaires :

  • La diversification économique : l’objectif est de réduire la dépendance au ski en développant des activités « quatre saisons » (thermalisme, sports estivaux, patrimoine culturel et architectural etc.). La diversification ne signifie pas l’abandon du ski, mais son inscription dans un modèle plus équilibré, moins vulnérable aux variations climatiques.

  • L’amélioration de l’habitat et la résilience sociale :  le parc immobilier des stations, souvent ancien et énergivore, constitue un levier d’action majeur. La massification de la rénovation énergétique permettrait de réduire les consommations d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre tout en améliorant le confort. De plus, la tension sur le logement des travailleurs saisonniers et des résidents permanents fragilise la vitalité des territoires. Garantir un accès au logement abordable participe à la résilience sociale et économique des stations.

  • Le développement des mobilités et infrastructures résilientes et bas carbone : les flux touristiques génèrent des émissions de GES significatives liées aux transports. Le développement de mobilités décarbonées, collectives ou partagées, représente un enjeu stratégique. Parallèlement, les projets d’aménagement doivent intégrer une analyse approfondie des risques climatiques futurs. La planification territoriale ne peut plus s’appuyer uniquement sur les données historiques.

  • La mise en place d’une gouvernance élargie : la résilience territoriale nécessite une gouvernance plus inclusive. Les exploitants de remontées mécaniques ne peuvent être les seuls acteurs décisionnaires. Collectivités, entreprises locales, habitants, associations et services de l’État doivent être impliqués dans une vision partagée.

Des mesures opérationnelles pour structurer l’adaptation

Le rapport formule une vingtaine de propositions concrètes visant à accompagner cette transformation.Parmi les plus structurantes figure la création d’un Observatoire national de la transition et de l’économie des territoires de montagne. Cet outil permettrait de centraliser les données, de suivre les impacts climatiques, d’analyser les fragilités économiques et d’identifier les filières alternatives.

Le rapport recommande également la généralisation de plans d’adaptation au changement climatique à l’échelle des massifs, déclinés jusqu’au niveau communal et intercommunal. Ces plans auraient vocation à structurer les priorités d’investissement et à anticiper les vulnérabilités. Un pilotage renforcé via les “Commissaires de massifs” est proposé afin d’assurer la coordination des actions et la cohérence territoriale. Par ailleurs, l’intégration systématique d’une analyse des risques naturels accrus en amont de tout financement public d’infrastructure constitue une évolution majeure. Les investissements futurs devront démontrer leur robustesse face aux scénarios climatiques. Enfin, le conditionnement des aides publiques, notamment celles liées à la neige de culture ou aux extensions de domaines skiables, à des études d’impact climatiques complètes marque une volonté d’aligner les financements avec les objectifs d’adaptation et de soutenabilité.

Les conclusions du rapport dépassent largement le cadre des politiques publiques. Elles concernent directement les acteurs privés : exploitants de domaines skiables, investisseurs, opérateurs immobiliers, banques, assureurs, fournisseurs d’équipements. L’analyse des risques climatiques devient un élément central de la stratégie d’entreprise. Et l’intégration des scénarios climatiques dans les décisions d’investissement n’est plus une option. Elle conditionne la pérennité des activités.

Anticiper plutôt que subir

Les territoires de montagne constituent aujourd’hui un laboratoire avancé de l’adaptation climatique. Les évolutions observées y sont plus rapides et plus visibles qu’ailleurs.L’enjeu n’est pas uniquement environnemental. Il est économique, social et territorial. Anticiper permet de réduire les coûts futurs, de sécuriser les trajectoires d’investissement et de préserver l’attractivité des territoires. À l’inverse, différer les décisions accroît les vulnérabilités et complexifie les transitions.

La transformation du modèle des stations de montagne représente un défi considérable, mais également une opportunité de repenser l’équilibre entre développement économique, préservation des ressources naturelles et résilience à long terme.

Accompagner la transition : une expertise stratégique

Dans ce contexte d’évolution rapide, l’analyse fine des risques climatiques et des vulnérabilités territoriales devient un prérequis à toute stratégie durable. Step one to transition accompagne les acteurs privés, les exploitants de domaines skiables et les investisseurs dans :

  • l’analyse des risques physiques liés au changement climatique,

  • l’évaluation des vulnérabilités économiques et opérationnelles,

  • l’intégration des scénarios climatiques dans les décisions d’investissement,

  • la définition de trajectoires d’adaptation robustes et crédibles.

Face à l’accélération des impacts climatiques, la capacité à objectiver les risques et à structurer des stratégies de résilience constitue un levier décisif.